Textes à méditer d'hier et d'aujourd'hui
- Credo de Dom
Helder Camara
- Hymne à Dieu, saint Grégoire de
Nazianze (IVème siècle), Poèmes I,1,29)
- Mais qui est-il ? saint Grégoire de
Nazianze (IVème siècle), Discours 29,19-21
- Chercher Dieu, Henri de Lubac
- Dieu comble son bien-aimé quand il dort (Ps
126,2), Charles Péguy, Le Porche du Mystère de la deuxième vertu
- Demeurer en sa vocation, François de
Sales (1567-1622)
- Risquer sa foi au lieu de la garder, Madeleine
Delbrêl, Correspondance et notes à Mgr Glorieux
- Un appel qui surprend, Jacques Guillet, s.j.
- Priez sans cesse, saint Basile de
Césarée (IVème siècle)
- Tu aimeras ton Dieu, et ton prochain comme
toi-même, saint Augustin d'Hippone (IV-Vèmes siècles), Sur la Trinité VIII,12.
- Tu pourras t'adresser à Dieu en toute
assurance, Jean Chrysostome (IVème siècle), Cinquième homélie sur
l'incompréhensibilité de Dieu
- " Aime-moi, tel que tu es ",
anonyme
- Le silence est charité, Madeleine
Delbrêl, Nous autres gens des rues
- Devenir comme les petits enfants, Gopal Mukerji
- Rien n'est beau comme un enfant,
Charles Péguy, Le Mystère des saints innocents
- " Mon Père, je remets mon âme
entre vos mains. ", Charles de Foucauld, Méditations sur les saints évangiles
- Où est le " bon temps " ?,
S. Augustin d'Hippone, (IV-Vèmes siècles), Sermon sur les épreuves et angoisses de ce
temps
- Dieu peut appeler, et appeler, et
appeler..., Lanza del Vasto
- Ton désir, c'est ta prière, S. Augustin
d'Hippone (IV-Vèmes siècles)
- Je t'aime, S. Jean Chrysostome (IVème
siècle), Homélie 20 sur la lettre aux Ephésiens
- Dieu
préfère compter sur toi
- Apprends-nous cet Amour, de Michel Serin
Je crois en Dieu qui est le Père de tous les hommes et qui leur a confié la terre.
Je crois en Jésus-Christ son Fils unique crucifié, ressuscité des morts, venu annoncer la paix de Dieu avec les hommes.
II s'est livre pour le monde. II est au milieu de nous, le Seigneur vivant.
Je crois en l'Esprit de Dieu qui travaille en tout homme de bonne volonté.
Je crois en l'Eglise, donnée comme un signe pour toutes les nations, armée de la force de l'Esprit, et envoyée pour servir les hommes.
Je crois que Dieu, à la fin, brisera la puissance du péché en nous et en tout être humain, et nous ressuscitera pour partager sa vie.
Je ne croirai jamais que la guerre et la faim soient inévitables, et la paix inaccessible.
Je veux croire à l'action modeste, à l'amour aux mains nue et à la paix sur la terre. Je ne croirai jamais que toute peine est vaine.
Je ne croirai jamais que le rêve de l'homme reste un rêve et que la mort soit la fin.
Mais j'ose croire, toujours et malgré tout, à l'homme nouveau.
J'ose croire au rêve de Dieu même : un ciel nouveau, une terre nouvelle où la justice habitera.
Ô toi, l'au-delà de tout,
n'est-ce pas là tout ce qu'on peut chanter de toi ?
Quelle hymne te dira, quel langage ?
aucun mot ne t'exprime.
A quoi l'esprit s'attachera-t-il ?
tu dépasses toute intelligence.
Seul, tu es indicible,.
car tout ce qui se dit est sorti de toi.
Seul, tu es inconnaissable,
car tout ce qui se pense est sorti de toi.
Tous les êtres,
ceux qui parlent et ceux qui sont muets,
te proclament.
Tous les êtres,
ceux qui pensent
et ceux qui n'ont point de pensée,
te rendent hommage.
Le désir universel,
l'universel gémissement tend vers toi.
Tout ce qui est te prie,
et vers toi tout être qui pense ton univers
fait monter une hymne de silence.
Tout ce qui demeure demeure par toi ;
par toi subsiste l'universel mouvement.
De tous les êtres tu es la fin ;
tu es tout être, et tu n'en es aucun.
Tu n'es pas un seul être,
tu n'es pas leur ensemble.
Tu as tous les noms, et comment te nommerai-je,
toi le seul qu'on ne peut nommer ?
Quel esprit céleste pourra pénétrer les nuées
qui couvrent le ciel même ?
Prends pitié,
Ô toi, l'au-delà de tout,
n'est-ce pas tout ce qu'on peut chanter de toi ?
S. Grégoire de Nazianze (IVème siècle), Poèmes I,1,29.
Ce que le Verbe était, il l'est resté et il a pris ce qu'il n'était pas. Il est né, mais il était inengendré de toute éternité. Il est né d'une femme, mais d'une vierge : il y a là de l'humain et du divin à la fois. Ici-bas il n'a pas de père et la-haut, il n'a pas de mère : voilà qui relève uniquement de la divinité.
Il fut porté dans le sein de sa mère, mais il fut reconnu par un prophète, porté lui aussi dans le sein de sa mère, et tressaillant à la venue du Verbe, son Créateur.
Il fut enveloppé de langes, mais il se débarrassa du linceul en ressuscitant. Il fut couché dans une crèche, mais il fut glorifié par les anges, annoncé par une étoile, et adoré par les Mages.
Il fut baptisé en tant qu'homme, mais il a effacé les péchés en tant que Dieu. Il fut tenté en tant qu'homme, mais il remporta la victoire en tant que Dieu et il nous invite à avoir confiance, car il a vaincu le monde. Il a eu faim, mais il a nourri des multitudes et il est le Pain vivant et céleste. Il a eu soif, mais il s'est écrié : " Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive " et il a promis que ceux qui croient deviendraient des sources d'eau vive.
Il a éprouvé la fatigue, mais il est le repos de ceux qui sont fatigués et trop chargés. Il a été accablé de sommeil, mail il marche sur la mer, il réprimande les vents et il relève Pierre qui enfonçait dans les flots. Il paie l'impôt, mais en prenant l'argent dans un poisson et il est le roi de ceux qui lui réclament l'impôt. Il est traité de Samaritain et de " possédé ", mais il sauve celui qui, en descendant de Jérusalem, était tombé aux mains des voleurs.
Il est reconnu par les démons, il les met en fuite, il précipite dans la mer de légions d'esprits et il voit " tomber comme un éclair " le chef des démons. On veut lui jeter des pierres, mais on ne peut le saisir. Il prie, mais il exauce ceux qui le prient.
Il pleure, mais il fait cesser les pleurs. Il demande où est déposé Lazare, car il est homme, mais il ressuscité Lazare, car il est Dieu. Il est vendu, et à vil prix : pour trente pièces d'argent ; mais il rachète le monde, et à grand prix : par son propre sang. On le mène à la tuerie comme une brebis, mais il est le berger d'Israël et maintenant de toute la terre. Comme un agneau il se tait, mais il est le Verbe annoncé par la voix de celui qui crie dans le désert. Il est infirme et blessé, mais il guérit toute maladie et toute infirmité. Il est élevé sur l'arbre de la croix, il y est cloué, mais il nous rend notre droit à l'arbre de vie.
Il sauve le larron crucifié avec lui et il plonge dans les ténèbres toutes les choses visibles. Il est abreuvé de vinaigre, il reçoit du fiel en nourriture, mais qui est-il ?
Celui qui change l'eau en vin, celui qui " supprime l'amertume " de notre goût, celui qui est " douceur " et qui est " tout entier l'objet de nos désirs ".
Il livre sa vie, mais il a le pouvoir de la reprendre et, à sa mort, le voile du Temple se déchire, les pierres se fendent et les morts ressuscitent. Il meurt, mais il fait vivre et par sa mort il détruit la mort. Il est enseveli, mais il ressuscite. Il descend aux enfers, mais il en ramène les âmes de justes, il monte aux cieux et il viendra juger les vivants et les morts et confondra les faux raisonnements de certains.
Si donc il y a dans l'Ecriture des textes qui sont pour vous une occasion d'erreur, il y en a d'autres qui doivent faire cesser votre erreur.
Au nom du Christ nous vous adressons l'exhortation et la prière que voici : " Réconciliez-vous avec Dieu et n'éteignez pas l'Esprit ", ou plutôt que le Christ se réconcilie avec vous, que l'Esprit, bien que tardivement, vous éclaire !
S. Grégoire de Nazianze (IVème siècle), Discours 29,19-21.
Le vrai problème n'est pas de " chercher Dieu " - car il y a des manières de le chercher qui sont des provocations -, et toute recherche où l'homme se donne le premier rôle n'est-elle pas une provocation ? Le vrai problème est de se mettre dans des dispositions telles, qu'on puisse espérer le trouver sans avoir même, pour ainsi dire, à le chercher. C'est d'arriver à comprendre que ces dispositions mêmes ne peuvent venir que de lui. Car c'est lui qui nous cherche et qui, à son heure, se manifestera à nous. Nous croyons quelquefois chercher Dieu. Mais c'est toujours Dieu qui nous cherche, et souvent il se fait trouver par qui ne le cherchait pas.
Henri de Lubac, s. j.
Dieu comble son bien-aimé quand il dort (Ps 126,2)
Il y a des hommes qui ne dorment pas.
Je n'aime pas celui qui ne dort pas, dit Dieu.
Le sommeil est l'ami de l'homme.
Le sommeil est l'ami de Dieu.
Le sommeil est peut-être ma plus belle création.
Et moi-même je me suis reposé le septième jour.
Celui qui a le cur pur, dort. Et celui qui dort a le cur pur.
C'est le grand secret d'être infatigable comme un enfant.
Or on me dit qu'il y a des hommes
Qui travaillent bien et dorment mal.
Qui ne dorment pas.
Comme l'enfant se couche innocent dans les bras de sa mère ainsi ils ne se couchent point
Innocents dans les bras de ma Providence.
Ils ont le courage de travailler. Ils n'ont pas le courage de ne rien faire.
De se détendre. De se reposer. De dormir.
Les malheureux, ils ne savent pas ce qui est bon.
Ils gouvernent très bien leurs affaires pendant le jour.
Mais ils ne veulent pas m'en confier le gouvernement pendant la nuit.
Comme si je n'étais pas capable d'en assurer le gouvernement pendant une nuit...
Comme si plus d'un,
Qui avait laissé ses affaires très mauvaises en se couchant,
Ne les avait trouvées très bonnes en se levant,
Parce que peut-être j'avais passé par là.
Charles Péguy, Le Porche du Mystère de la deuxième vertu.
Il faut considérer qu'il n'y a nulle vocation qui n'ait ses ennuis, ses amertumes et aversions, et, qui plus est - si ce n'est ceux qui sont pleinement résignés en la volonté de Dieu -, chacun voudrait volontiers échanger sa condition pour celle des autres : ceux qui sont évêques voudraient ne l'être pas ; ceux qui sont mariés voudraient ne l'être pas, et ceux qui ne le sont le voudraient être.
Il faut non seulement vouloir faire la volonté de Dieu, mais pour être dévot, il la faut faire gaiement. C'est la parole de saint Paul : " Que chacun demeure en se vocation devant Dieu' (1 Co 7,24). Il ne faut pas porter la croix des autres, mais la sienne ; et pour porter chacun la sienne, notre Seigneur veut qu'un chacun se renonce soi-même, c'est-à-dire à sa propre volonté.
Je voudrais ceci et cela ; je serais mieux ici et là : ce sont des tentations. Notre Seigneur sait bien ce qu'il fait : faisons ce qu'il veut, demeurons où il nous a mis.
S. François de Sales (1567-1622)
Risquer sa foi au lieu de la garder
La foi n'est-elle pas l'engagement temporel de la vie éternelle ? Ne doit-elle pas " passer ", pour chacun de nous, quand finit notre temps de terre ?
Notre erreur dans les engagements temporels ne serait-elle pas non qu'ils soient trop temporels mais qu'ils ne le soient pas assez ? Pour vivre de notre foi dans notre temps, et notre monde, aujourd'hui, ici ; pour pouvoir réaliser notre vocation à la foi, être " pour de bon ", dans ce monde, dans ce temps, nous sommes forcés d'accorder notre vie chrétienne à tout ce qui est actuellement accéléré, momentané, immédiat ; nous sommes forcés non de croire autrement mais de vivre autrement ; non d'adapter la foi à ce temporel mouvementé jusqu'à l'excès ; mais de nous adapter à voir, choisir, faire la volonté de Dieu dans ce mouvement. Nous devons apprendre à adapter rapidement à la foi nous-mêmes et les circonstances. Or, nous ne sommes pas préparés au " rapidement ".
Notre condition normale est d'être nous-mêmes la jointure du monde et du Royaume des cieux. Cette situation normale est pour nous un état violent. Nous y sommes pour croître dans la foi. Nous y sommes pour annoncer la foi. Nous le devons et nous le pouvons. Si nous essayons de seulement garder la foi, seulement rester chrétien, notre foi dépérit souvent et souvent nous ne restons pas authentiquement chrétiens. Le statu quo, quand on y regarde de près, semble être pour nous l'attitude la plus meurtrière ; ; peut-être parce que, par rapport à la foi, c'est, si l'on peut dire, contre nature !
Madeleine Delbrêl, Correspondance et notes à Mgr Glorieux.
L'homme, quand il fait l'expérience de Dieu, la fait souvent dans des conditions particulières, dans un bouleversement ou une distance plus ou moins sentie de son monde habituel.
Dieu est présent dans le monde, et si nous ne le trouvons pas dans notre vie, c'est que notre recherche de Dieu est illusoire. Dieu pourtant est autre chose que le monde, et il ne suffit pas de vivre pour le trouver. Dieu n'est pas simplement la vérité que nous poursuivons, l'espoir qui nous fait vivre. Dieu ne vient pas de ce que nous faisons. Dieu vient à nous.
Un autre nous parle et nous appelle, un autre dont la parole nous surprend toujours, bien que notre cur reconnaisse toujours sa voix. Cette distance entre Dieu et nous, cet écart entre nos rêves et les siens, le désert des évangiles en est l'image. Le Christ ne s'éloigne pas des hommes en les rassemblant au désert, il les fait entrer dans les espaces de Dieu.
Jacques Guillet, s. j.
Il ne faut pas restreindre la demande aux paroles. Dieu, en effet, n'a pas besoin qu'on lui tienne de discours ; il sait, même si nous ne demandons rien, ce qui nous est utile. Qu'est-ce à dire ? La prière ne consiste pas en formules ; elle englobe toute la vie. " Soit que vous mangiez, dit l'Apôtre, soit que vous buviez, quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu. " Es-tu à table ? Prie ; en prenant ton pain, remercie celui qui te l'accorde ; en buvant ton vin, souviens-toi de celui qui t'a fait ce don pour te réjouir le cur et soulager tes misères. Le repas terminé, n'oublie pas pour autant le souvenir de ton bienfaiteur. Quand tu mets ton costume, remercie celui qui te le donne ; quand tu mets ton manteau, témoigne de l'affection à Dieu qui nous fournit des vêtements appropriés pour l'hiver et pour l'été, et pour protéger notre vie. Le jour terminé, remercie celui qui t'a donné le soleil pour les travaux de la journée et le feu pour éclairer la nuit et pourvoir à nos besoins. La nuit te fournit des motifs d'actions de grâces. En regardant le ciel et en contemplant la beauté des astres, prie le Maîtres de l'univers qui a fait toutes choses avec tant de sagesse. Lorsque tu vois toute la nature endormie, adore encore celui qui nous soulage par le sommeil d'une fatigue continue et nous rend par un peu de repos la vigueur de nos forces.
Ainsi tu prieras sans relâche, si ta prière ne se contente pas de formuler, et si, au contraire, tu te tiens uni à Dieu dans tout le cours de ton existence, de manière à faire de ta vie une incessante prière.
S. Basile de Césarée (IVème siècle).