Tu aimeras ton Dieu, et ton prochain comme toi-même
Celui qui n'est pas dans l'amour n'est pas en Dieu, car " Dieu est amour ".
Il voit son frère d'une vue humaine, laquelle ne permet pas de voir Dieu. Mais si ce frère qu'il voit d'une vue humaine, il l'aimait d'une charité spirituelle, il verrait Dieu qui est la charité même, de cette vue intérieure qui permet de le voir.
Celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, comment pourrait-il aimer Dieu que précisément il ne voit pas ?
Et qu'il ne soit plus question de savoir combien de charité nous devons à notre frère, combien à Dieu : incomparablement plus à Dieu qu'à nous, autant à nos frères qu'à nous-mêmes ; or nous nous aimons d'autant plus nous-mêmes que nous aimons Dieu davantage.
C'est donc d'une seule et même charité que nous aimons Dieu et le prochain ; mais nous aimons Dieu pour lui-même, nous et le prochain pour Dieu.
S. Augustin d'Hippone (IV-Vèmes siècles), Sur la Trinité VIII,12.
Tu pourras t'adresser à Dieu en toute assurance
La prière faite avec ardeur et dans la détresse, voilà la prière qui monte jusqu'au
ciel. Et pour que tu saches bien que les prières ont plus de chances d'être exaucées
lorsqu'elles sont proférées dans l'angoisse, écoute ce que dit l'écrivain sacré :
" J'ai crié vers le Seigneur dans mon angoisse et il m'a exaucé "... Tu
manques d'assurance ? C'est au contraire une grande sécurité et un grand avantage de
croire que l'on manque de motif d'assurance : comme c'est une honte et une condamnation de
croire que l'on a toute raison d'être sûr de soi. Quand bien même tu aurais accompli
beaucoup de bonnes actions, et même si ta conscience ne te reproche rien, si tu crois
avoir toute raison d'être sûr de toi, tu perds tout bénéfice de la prière. Par
contre, même si ta conscience est chargée du fardeau de millions de péchés, pour peu
que tu sois convaincu d'être le dernier des hommes, tu pourras t'adresser à Dieu en
toute assurance.
S. Jean Chrysostome (IVème siècle),
Cinquième homélie sur l'incompréhensibilité de Dieu
Si tu attends d'être un ange pour te livrer à l'amour, tu ne m'aimeras jamais. Même si tu retombes souvent dans ces fautes que tu voudrais ne jamais connaître, même si tu es lâche dans la pratique de la vertu, je ne te permets pas de ne pas m'aimer.
Aime-moi comme tu es. A chaque instant et dans quelque position que tu te trouves, dans la ferveur ou dans la sécheresse, dans la fidélité ou dans l'infidélité.
Aime-moi, tel que tu es. Je veux l'amour de ton cur indigent ; si, pour m'aimer, tu attends d'être parfait, tu ne m'aimeras jamais. Ne pourrais-je pas faire de chaque grain de sable un séraphin tout radieux de pureté, de noblesse et d'amour ? Ne pourrais-je pas, d'un seul signe de ma volonté, faire surgir du néant des milliers de saints, mille fois plus parfaits et plus aimants que ceux que j'ai créés ? Ne suis-je pas le Tout-Puissant ? Et s'il me plaît de laisser pour jamais dans le néant ces êtres merveilleux et de leur préférer ton pauvre amour !
Mon enfant, laisse-moi t'aimer, je veux ton cur. Je compte bien te former, mais en attendant je t'aime comme tu es. Et je souhaite que tu fasses de même ; je désire voir, du fond de ta misère, monter l'amour. J'aime en toi jusqu'à ta faiblesse. J'aime l'amour des pauvres ; je veux que, de l'indigence, s'élève continûment ce cri : Seigneur, je vous aime. C'est le chant de ton cur qui m'importe. Qu'ai-je besoin de ta science et de tes talents ? Ce ne sont pas des vertus que je te demande, et si je t'en donnais, tu es si faible que bientôt l'amour-propre s'y mêlerait ; ne t'inquiète pas de cela.
J'aurais pu te destiner à de grandes choses ; non, tu seras le serviteur inutile, je te prendrai même le peu que tu as car je t'ai créé pour l'amour. Aime ! L'amour te fera faire tout le reste sans que tu y penses ; ne cherche qu'à remplir le moment présent de ton amour.
Aujourd'hui je me tiens à la porte de ton cur comme un mendiant, moi, le Seigneur des seigneurs.
Je frappe et j'attends, hâte-toi de m'ouvrir, n'allègue pas ta misère. Ton indigence, si tu la connaissais pleinement, tu mourrais de douleur. Cela seul qui pourrait me blesser le cur, ce serait de te voir douter et manquer de confiance.
Je veux que tu penses à moi à chaque heure du jour et de la nuit, je ne veux pas que tu poses l'action la plus insignifiante pour un motif autre que l'amour.
Quand il te faudra souffrir, je te donnerai la force ; tu m'as donné l'amour, je te donnerai d'aimer au-delà de ce que tu as pu rêver. Mais souviens-toi : " Aime-moi, tel que tu es. " N'attends pas d'être un saint pour te livrer à l'Amour, sinon tu n'aimeras jamais.
(La référence de ce texte n'a pas été trouvée)
Le silence, c'est quelquefois se taire, mais le silence, c'est toujours écouter.
Une absence de bruit qui serait vide de notre attention à la parole de Dieu ne serait plus du silence.
Une journée pleine de bruits et pleine de voix peut être une journée de silence si le bruit devient pour nous un écho de la présence de Dieu.
Quand nous parlons de nous-mêmes et par nous-mêmes, nous sortons du silence.
Quand nous répétons avec nos lèvres les suggestions intimes de la parole de Dieu au fond de nous, nous laissons le silence intact.
Le silence n'aime pas la profusion de mots.
Nous savons parler ou nous taire, mais nous savons mal nous contenter des mots nécessaires.
Le silence est charité et vérité.
Il répond à celui qui lui demande quelque chose, mais il ne donne que des mots chargés de vie. Le silence, comme toutes les consignes de vie, nous conduit au don de nous-mêmes et non à une avarice déguisée. Mais il nous garde rassemblés pour ce don.
Le silence n'est pas une couleuvre que le moindre bruit fait fuir, c'est un aigle aux fortes ailes qui surplombe le brouhaha de la terre, des hommes et du vent.
Madeleine Delbrêl, Nous autres gens des rues
Devenir comme les petits enfants
Un jour, un saint s'arrêta chez nous. Ma mère l'aperçut dans la cour, faisant des culbutes pour amuser les enfants. " Oh ! me dit-elle, c'est vraiment un saint ; tu peux, mon fils, aller vers lui. " Il mit la main sur mon épaule et me dit : " Mon petit, qu'est-ce que tu comptes faire ? - Je ne sais pas. Que voulez-vous que je fasse ? - Non, dis ce que tu veux faire. - Oh ! j'aime jouer. - Alors, veux-tu jouer avec le Seigneur ? " Je ne sus que répondre. Il ajouta : " Vois-tu, si tu pouvais jouer avec le Seigneur, ce serait la chose la plus énorme qu'on eût jamais faite. Tout le monde le prend tellement au sérieux qu'on le rend mortellement ennuyeux... Joue avec Dieu, mon fils. Il est le suprême compagnon de jeu. "
Gopal Mukerji
Rien n'est beau
comme un enfant...
Pour moi, dit Dieu, je ne connais rien d'aussi beau dans tout le monde qu'un gamin d'enfant qui cause avec le bon Dieu dans le fond d'un jardin. Et qui fait les demandes et les réponses (c'est plus sûr). Un petit homme qui raconte ses peines au bon Dieu le plus sérieusement du monde. Et qui se fait lui-même les consolations du bon Dieu...
Rien n'est beau comme un enfant qui s'endort en faisant sa prière, dit Dieu. Je vous le dis, rien n'est aussi beau dans le monde. Je n'ai jamais rien vu d'aussi beau dans le monde. Et pourtant j'en ai vu des beautés dans le monde. J'ai vu des curs dévorés d'amour pendant des vies entières, perdus de charité. Brûlant comme des flammes. Or je le dis, je ne connais rien d'aussi beau dans tout le monde qu'un petit enfant qui s'endort en faisant sa prière.
Aussi, dit Dieu, comme je comprends mon fils. Mon fils le leur a assez dit. (Or il faut entendre toutes les paroles de mon fils au pied de la lettre.) " Laissez les tout-petits venir à moi. "
Charles Péguy, Le Mystère des saints innocents
"
Mon Père, je remets mon âme entre vos mains. "
Mon Père, je remets mon âme entre vos mains.
Mon Père, je me confie à vous.
Mon Père, je m'abandonne à vous.
Mon Père, faites de moi tout ce qu'il vous plaira ;
Quoi que vous fassiez de moi, je vous remercie ;
Merci de tout.
Je suis prêt à tout ; je vous remercie de tout ;
Pourvu que votre volonté se fasse en moi, mon Dieu,
Pourvu que votre volonté se fasse en toutes vos créatures, en tous vos enfants
En tous ceux que votre cur aime.
Je ne désire rien d'autre, mon Dieu.
Je remets mon âme entre vos mains
Avec une infinie confiance,
Car vous êtes mon Père.
Charles de Foucauld, Méditations sur les saints évangiles
Chaque fois que nous avons à souffrir quelque angoisse ou quelque épreuve, ce sont pour nous des avertissements et aussi des réprimandes. Car nos saintes Ecritures ne nous promettent pas la paix, la sécurité et le repos ; l'Evangile nous annonce des épreuves, des angoisses, des occasions de chute. Mais " celui qui persévérera jusqu'au bout, celui-là sera sauvé. "
Qu'est-ce que le genre humain peut souffrir d'inédit, que nos ancêtres n'aient déjà souffert ? On rencontre pourtant des gens qui récriminent sur leur époque et pour qui celle de nos parents était le bon temps ! Si l'on pouvait les ramener à l'époque de leurs parents, est-ce qu'ils ne récrimineraient pas aussi ? Le passé, dont tu crois que c'était le bon temps, n'est bon que parce que ce n'est pas le tien.
Penses-tu donc que le temps jadis était meilleur que le tien ? De l'Adam d'hier jusqu'à l'Adam d'aujourd'hui, travail et sueur, épines et chardons. Quelles époques terribles ! Est-ce que nous n'avons pas tous été remplis d'horreur par les récits que nous en avons entendus ou lus ? C'était pour que nous ayons de quoi nous féliciter, plutôt que de récriminer contre notre époque.
S. Augustin d'Hippone, (IV-Vèmes siècles),
Sermon sur les épreuves et angoisses de ce temps
Dieu peut appeler, et appeler, et appeler...
Il est dit qu'il y aura beaucoup d'appelés et peu d'élus et cela semble injuste, et cela serait injuste si nous ne connaissions la valeur et la clef de ce dire, car non seulement il y a beaucoup d'appelés, mais tous sont appelés ; l'appel est pour tous les vivants, mais en quoi sert-il à ceux qui sont sourds ou qui dorment ? Tous les anges du ciel peuvent appeler Dieu et Dieu lui-même peut appeler, et appeler en criant, et appeler en saignant, et appeler en pleurant, et appeler en menaçant ; que peut le Tout-Puissant pour ce néant ? pour un distrait, pour les absents, pour des gens qui sont aux écoutes de tout excepté de l'appel ? Être prêt à l'appel, c'est se réveiller : ce mot est fort car c'est un verbe réflexif. Personne ne pourra vous réveiller spirituellement sinon vous-même, et c'est le premier de vos devoirs : éveillez-vous, éveillons-nous car nous dormons.
Lanza del Vasto
Ton désir, c'est ta prière ; si le désir est continuel, la prière est continuelle. Ce n'est pas pour rien que l'apôtre a dit : " Priez sans relâche ". Peut-il le dire parce que, sans relâche, nous fléchissons le genou, nous prosternons notre corps, ou nous élevons les mains ? Si nous disons que c'est là notre prière, je ne crois pas que nous puissions le faire sans relâche.
Il y a une autre prière, intérieure, qui est sans relâche : c'est le désir. Que tu te livres à n'importe quelle occupation, si tu désires ce loisir du sabbat tu ne cesses pas de prier. Si tu ne veux pas cesser de prier, ne cesse pas de désirer.
Ton désir est continuel ? Alors ton cri est continuel. Tu ne te tairas que si tu cesses d'aimer. Quels sont ceux qui se sont tus ? Ceux dont il est dit : " A cause de l'ampleur du mal, la charité de beaucoup se refroidira. "
La charité qui se refroidit, c'est le cur qui se tait ; la charité qui brûle, c'est le cur qui crie. Si la charité dure toujours, tu cries toujours ; si tu cries toujours, tu désires toujours.
S. Augustin d'Hippone (IV-Vèmes siècles)
Il y a un amour caché au fond de notre nature et qui appelle l'union de l'homme et de la femme.
Que faut-il donc que tu dises à ta femme ? Dis-lui avec beaucoup de douceur : " ...Je t'ai choisie, je t'aime et te préfère à ma propre vie. L'existence présente n'est rien ; aussi, mes prières, mes recommandations et toutes mes actions, je les fais pour qu'il nous soit donné de passer cette vie de manière à pouvoir être réunis dans la vie future sans plus aucune crainte de séparation. Le temps que nous vivons est court et fragile. S'il nous est donné de plaire à Dieu durant cette vie, nous serons éternellement avec le Christ et l'un avec l'autre dans un bonheur sans limites. Ton amour me ravit plus que tout et je ne connaîtrais pas de malheur plus insupportable que d'être séparé de toi. Quand je devrais tout perdre et devenir plus pauvre qu'un mendiant, encourir les derniers périls, et endurer n'importe quoi, tout me sera supportable tant que ton affection pour moi demeure. Ce n'est qu'en comptant sur cet amour que je souhaiterai des enfants. "
Préfère-la à tous les amis et même aux enfants qu'elle t'a donnés ; et que ceux-ci soient aimés de toi à cause d'elle...
S. Jean Chrysostome (IVème siècle),
Homélie 20 sur la lettre aux Ephésiens